Satisfaits, vraiment ?

Le livre bleu des assises des outre-mer s'ouvre avec les résultats d'un sondage Ipsos réalisé en mars 2018. 70% des habitants de ces collectivités seraient satisfaits de conditions de vie dans leur territoire. Une réponse étonnante, car si les martiniquais, pour ne parler que d'eux, se disent plutôt satisfaits du maintien de la culture traditionnelle, des relations avec la métropole et du service public d'éducation, ils sont largement mécontents de tout le reste : l'environnement, la santé, les transports, le niveau de vie, la sécurité, le logement, l'économie et l'emploi… Que peut signifier cette satisfaction "globale" ?

Les martiniquais sont, d'ailleurs, les seuls à être majoritairement (55%) pessimistes sur le devenir de leur territoire. Ils sont 39% à penser que rien ne change et 40% que les choses se dégradent.

Et, dans la hiérarchie qu'ils établissent pour la confiance accordée aux acteurs susceptibles de mener à bien des projets, ils placent au premier rang les responsables associatifs locaux (60%), suivis du patronat local (40%) et du gouvernement (35%), les élus locaux n'étant crédités que de 30%.

Morosité générale, dépréciation de l'avenir, défiance des citoyens envers ceux qui devraient proposer et conduire les changements nécessaires : ce sont là les symptômes psychologiques d'une société en crise.

A travers le livre bleu et le discours du président de la République, l'État a fixé le cadre de sa politique ultramarine, un cadre commun qui ne semble pas distinguer entre le dynamisme de la Guyane ou de La Réunion et, d'autre part, la situation des deux Antilles, confrontées au déclin démographique et à la stagnation de la production et de l'emploi. Il faut espérer que les plans de convergence, prévus par la loi sur l'égalité réelle et qui devraient être élaborés dans les prochains mois, sauront en tenir compte.

L'équation du redressement sera difficile.

Les professionnels doivent s'employer à décliner sur un mode opérationnel leurs propositions des Ateliers du BTP.

Steve PATOLE, 
Président du SEBTPAM