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BTP : des ateliers pour échafauder un plan d'actions

Les acteurs du BTP sont en conclave jusqu'à mercredi afin d'échanger et de trouver des solutions pour mobiliser les acteurs privés. (Wilfrid Téreau/ France-Anilles)
Pour tenter se sortir le BTP de la morosité et relancer la filière, les acteurs du BTP sont en conclave jusqu'à mercredi. Il s'agit d'échanger et d'aboutir des solutions pour mobiliser les acteurs privés.

Au moment où patrons et syndicats du Bâtiment font bloc pour réclamer une relance du secteur, Les ateliers du BTP, une réflexion initiée par Contact-Entreprises et ses partenaires s'étalant sur trois jours à La Favorite, s'annonce comme étant un rendez-vous crucial et déterminant pour l'avenir de la filière. Jusqu'à mercredi, des socioprofessionnels se réuniront pour échanger et aboutir à des actions et à des projets structurants. En dehors de l'idée de sensibliser ll'opinion publique, il s'agit à travers ces travaux de mobiliser les acteurs institutionnels et les acteurs privés. C'est que le BTP est en pleine crise. Les mauvais chiffres font craindre pour l'avenir. En attestent les pertes d'emploi à grande vitesse (une baisse de 3000 emplois en huit ans), les ventes de cintment qui sont au plus pas), la chute des logements de plus de 40% par rapport à 2008.

AU MOINS 10 000 PERSONNES IMPACTÉES
« Il faudrait construire 1 200 logements sociaux chaque année, or on en construit à peine 400 : le compte n'y est pas! Le monde du BTP a le sentiment que les pouvoirs publics n'ont pas pris la mesure de la situation d'un secteur vital pour le paysage économique local. L'effondrement de la filière pourrait entraîner des miliers de personnes, plus de 10 000, entre les professionnels, leur famille, les artisans et tous ceux qui gravitent autour de la profession » , déclarait sur un ton volontiers alarmiste un chef d'entreprise à la conférence de presse de la semaine dernière, où ils avaient étalé leur détresse. Les entreprises se voient contraintes de mettre du personnel en chômage partiel. Certaines d'entre elles, faute de trésorerie, redoutent de mettre la clé sous la porte. Cela fait deux ans qu'elles ne peuvent plus avoir recours à des intérimaires. « C'est toute une main d'oeuvre qualifiée (formée par nos soins) que nous allons perdre. Même si le marché est relancé dans trois, quatre, cinq ans, on n'aura plus ce personnel pour répondre à nos appels d'offre. Et on ne pourra pas rivaliser avec les entreprises européennes » .

« L'HEURE D'AGIR »
Un tableau de bord avait abouti à l'inventaire des besoins, à l'établissement d'un diagnostic et l'élaboration d'une stratégie pour recréer de l'emploi. 58 millions de travaux sont envisageables mais pour des problèmes financiers ou autres ils ne voient pas le jour. Des chantiers pourraient s'ouvrir dans l'hôtellerie, par exemple. « L'argent est là, ce qui a été confirmé par un Ministre qui a récemment souligné qu'il faudrait simplement des ingénieries pour le mobiliser » , déclare un le chef de file du syndicat patronal Sebtpam. Seuls, les maîtres d'ouvrage en ont la capacité. Le colloque a commencé hier soir avec une conférence plénière « Le BTP en Martinique, état des lieux et perspectives » , donnée par Hervé Toussay, Président de l'AMPi, après des discours d'ouverture. Et si le BTP se libérait de ses contraintes ?, Et si la commande n'était pas que publique ?, Et si le changement climatique était une opportunité ?, Et si la Martinique devenait territoire expert de la prévention des risques naturels ?... Voilà les questions qui vont nourrir les débats entre 8h30 et 17h30. Une conférence plénière sur la thématique « Construire demain » va clore cette deuxième journée de réflexion.

Le BTP, fer de lance... qui se meurt ?
Quelques données donnent l'ampleur de la catastrophe que vit le Bâtiment depuis quelques années. Le BTP est le 5e secteur d'activité en terme de richesse produite. C'est près d'une entreprise sur quatre qui a fermé ses portes depuis 2008, puisqu'il y a 22% d'entreprises en moins. Le chiffre d'affaire suit la mouvance (-40% depuis 2008). Aujourd'hui, 6 000 personnes font vivre la filière. Ce chiffre a connu une baisse de 20% depuis la même année. La vente de ciment ne cesse de décroître, passant de 261 000 tonnes en 2008 à 158 712 tonnes en 2017. Quant aux logements sociaux, leur production a également fortement diminué. 1196 logements étaient programmés en 2016 alors que 470 ont été livrés. Et en 2017, 949 ont été programmés, 406 ont été livrés.

TROIS QUESTIONS À LUCIE MANUEL, vice-présidente de Contact-Entreprises : « L'idée n'est pas de faire un énième constat »

Pourquoi Contact-Entreprises a voulu organiser ces « Ateliers du BTP » ?
Contact-Entreprises a organisé en 2017 et 2015 respectivement les ateliers du Rhum et les Ateliers de la mer. La même formule sera appliquée pour les ateliers du BTP : rassembler des socioprofessionnels et des personnalités qualifiées du secteur durant deux jours, autour de thématiques porteuses pour aboutir à un plan d'action et mettre en lumière des projets structurants.
L'idée n'est pas de refaire un énième constat mais bien de sortir de ce « brainstorming » avec des pistes de solutions.

Malgré la gravité de la situation vous semblez très optimiste sur la possibilité de mettre en place des solutions pérennes pour ce secteur à l'issue de ces ateliers. Il y a-t-il des raisons objectives justifiant cet optimisme ?
La Martinique possède énormément d'atouts, de valeurs et de compétences au mètre carré ; on ne peut que choisir la posture de l'optimisme!
Par ailleurs, le fil conducteur des ateliers a été construit en amont de façon à aborder des sujets très concrets et donner de la perspective aux échanges. On abordera ainsi les thèmes suivants : Et si la commande n'était pas que publique ? Et si le changement climatique était une opportunité ? Et si la Martinique devenait le territoire expert de la prévention des risques naturels ? Et si la Martinique devenait le pilote mondial de la norme tropicale ?...etc.

Pensez-vous que les responsables de la commande publique vous écouteront ?
L'Etat soutient la démarche et le fruit de nos travaux sera transmis aux responsables des collectivités. Il faut rappeler que le BTP est un secteur en crise.
Les ventes de ciment sont au plus bas depuis 37 ans. La mise en chantier des logements est en chute de plus de 40% par rapport à 2008.
L'emploi dans le secteur du BTP s'effondre.
Dans ce contexte, on ne peut pas imaginer que les responsables de la commande publique ne soient pas sensibles à cette initiative des ateliers.

Source : France-Antilles du 13.03.18